Dans mon cauchemar,Le ciel était noir de l'encre qui me coulait dessus,Opaque d'une fumée d'incendie pétrolier.Dans mon cauchemar,Les couleurs avaient disparu, tout était gris,De même que l'étaient les murs de béton me retenant.Dans mon cauchemar,Nul son n'existait, si bien que je pouvais ressentir La déchirante plainte de la moindre de mes cellules.Dans mon cauchemar,Mon coeur me brûlait chacun de mes organes,Son feu me saccageait, me consumait l'âme.Dans mon cauchemar,Vénus me tournait le dos, armée,Prête à me descendre si je m'approchais d'elle.*Dans mon cauchemar,Je l'entendais me dire sans mot faillir,D'une voix d'ange qui m'était familière :« Tu es Celle-Qui-Sait,Tu es Celle-Qui-Voit,Tu es l'Ennuyeuse,Tu es la Repoussante.Tu es l'Indigne,Ta parole m'est somnifère,Tes gestes m'indiffèrent, Pire, ils ne sont qu'Horreur,Reste donc seul en ces heures! »*Dans mon cauchemar,Je m'entendis lui répondre en ces mots,D'une voix brisée par l'Aveu :« Vénus qui m'est chère,Toi qui es en ma chair,Je t'avais autrefois averti De ce qui maintenant s'ensuit Mais tu m'as alors mal compris. Vénus, je ne voulais ce qui est arrivé Et maintenant que de toi je ne puis me passer Tu voudrais ainsi me rejeter ?Ne vois-tu ton soupirant tellement blessé ? »*Dans mon cauchemar,Elle me répondit, dos tourné,D'une voix non mal assurée :« Tu reconnais là tes péchés,Mais pour moi, ce n'est pas assez,En d'autres lieux, je suis attendue, Ne me cherche pas : tu m'as perdue ! »*Dans mon cauchemar,Je vis Vénus s'éloigner,Et je ne manquai de m'écrouler.Je crus enfin reconnaître cette voix,Qui était celle d'un monstre du passé Que j'avais autrefois lui aussi vénéré.Mais je ne pouvais croire en cela,Il n'était possible qu'il y ait plus pure coïncidence Qu'un même monstre sous une autre apparence.Dans mon cauchemar,Je me souviens lui dire, en ma détresse, Ces quelques paroles, seul, je le confesse :« Ô Vénus ! Je ne souhaitais que ton bonheur,Tu aurais pu faire de moi une fille meilleure,Mais voilà que pour mon plus grand malheur,Tu me rejettes et que jour et nuit, j'en pleure.Ô Vénus ! Toi dont j'entendais le rire de cristal,Je ne te connais plus que cette moue fatale,Ce sourire autrefois si chaleureux A fait place à la froideur de tes yeux.Toi pour qui j'ai tant saigné,Tant d'épreuves j'ai affronté,Tant de pièges j'ai désamorcés,Tant d'espoirs j'avais placé...Que n'aurais-je fait ? Que n'aurais-je fait ?Que ne puis-je comprendre la cause et l'effet ?Que ne puis-je supporter la blessure ?Que ne puis-je accepter meurtrissures ? »Dans mon cauchemar,Mes pas étaient chancelants,J'étais une paille dans le vent.Dans mon cauchemar,Je me trompais de chemins,J'étais partagé de carrefours.Dans mon cauchemar, Le gel était omniprésent,Et je ne distinguais passé, futur et présent.Dans mon cauchemar,La douleur était lancinante,Existait mille flèches d'agonie.Dans mon cauchemar,La Mort elle-même ne me soulagerait,Ne pourrait apaiser la souffrance.Mon cauchemar Est devenu Réalité...